Le palmarès 2011

 

 

Organisée du 8 au 15 mars 2011 au cinéma Le Nouveau Latina, la 9ème édition du Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) s'est achevée ce mardi soir avec l'annonce du palmarès 2011. Ce festival  est désormais la plus importante manifestation culturelle sur le thème des droits humains en France. Il est le rendez-vous annuel incontournable de toutes celles et ceux qui considèrent le respect et la promotion des droits de l'Homme comme l'enjeu essentiel de ce début de siècle.

Deux jurys de professionnels issus du milieu cinématographique et du monde de la solidarité ont décerné un Grand Prix et un Prix spécial du Jury à l'issue du festival, dans les catégories « Documentaires de création » et « Dossiers et Grands Reportages », ainsi qu'un jury étudiant. Un jury composé de lycéens et apprentis a décerné le prix « Lycéens et apprentis de Paris-Ile de France pour les Droits de l'Homme ».

Le jury de la catégorie «Dossiers et Grands reportages» composé de Sophie Malibeaux, Grand reporter RFI, Dorian Malovic, Chef du Service Asie - La Croix, Nicolas Vercken, Responsable de plaidoyer pour la prévention des conflits et la protection des populations, Oxfam France, a choisi de récompenser :

Grand Prix du Jury "Dossiers et Grands Reportages"


War Don Don
Sur une route poussiéreuse de la capitale de la Sierra Leone, des soldats des Nations unies assurent la surveillance d’un bâtiment fortifié abritant la Cour spéciale. A l’intérieur, Issa Sesay attend d’être jugé. Les procureurs l’accusent d’être un criminel de guerre, coupable de crimes contre l’humanité, tandis que ses défenseurs voient en lui un combattant réticent qui a joué un rôle crucial dans le retour à la paix.

Réalisé par Rebecca Richman Cohen
Justice Pénale Internationale / Sierra Leone / 2010 / 85 min


« Un film qui colle à la réalité du Sierra Leone, avec une grande justesse, et une grande force. Un film qui donne à voir et à entendre des témoignages relevant des pires atrocités qui se sont déroulées pendant le conflit, sans que l’émotion empêche la réflexion sur l’après guerre. Du coup, le document recèle une portée universelle, et suscite une réflexion profonde sur la justice internationale, son impact sur le processus de réconciliation nationale. Une grande maitrise dans le fond et la forme, permettant de donner au film le bon rythme, pour progresser dans la réflexion. Un document qui pose les bonnes questions. » précise Sophie Malibeaux.

« War don don est un ovni de la sélection. Au-delà de ses qualités indéniables de réalisation et de scénarisation, c’est surtout un documentaire qui apporte plus de questions que de réponses, qui permet de s’interroger sur la différence entre le bien et le mal, entre la paix et la justice. Un homme est-il foncièrement mauvais ? peut-il le devenir ? Surtout, il ouvre un débat terriblement pertinent sur la justice pénale internationale : vaut-elle ce qu’elle coûte ? répond-t-elle aux attentes des populations dont les vies ont été brisées ? Le point de vue privilégié ici _ celui d’un chef de guerre sur le banc des accusés et surtout des avocats de la défense _ met sans aucun doute mal à l’aise, mais il crée cette exigence de comprendre la réalité dans toute sa complexité et de ne pas se satisfaire de jugements binaires et hâtifs » commente Nicolas Vercklen


Prix Spécial du Jury "Dossiers et Grands Reportages"


Qui a tué Chea Vichea ?
Lors d’une matinée ensoleillée de 2004, Chea Vichea, le président du syndicat des travailleurs du textile, lève les yeux de son journal avant d’être abattu. Sous la pression d’associations défendant les droits de l’Homme et de donateurs étrangers, la police a rapidement arrêté deux hommes condamnés à vingt ans de prison. Etaient-ils coupables ou leur condamnation était-elle un maillon d’un complot plus vaste ? Quand une enquête sur l’assassinat d’un leader syndical cambodgien mène tout droit dans les coulisses de la mondialisation du textile... Deux hommes innocents ont-ils payé le prix fort de nos vêtements bon marché ?

Réalisé par Bradley Cox
Disparitions / Cambodge / 2010 / 57 min


« Ou quand la réalité dépasse la fiction. L’illustration même des dérives qui peuvent se produire dans un pays ayant fait abstraction de la nécessaire reconstruction de son appareil judiciaire. Le film nous introduit auprès de héros du quotidien, ouvriers et ouvrières du textile, prêts à témoigner au péril de leur vie. C’est à la fois une enquête et une peinture belle et humaine de ce milieu des travailleurs du Cambodge que l’on n’a pas souvent l’occasion de voir. Une enquête et des rencontres qui déclenchent quelque chose de fort, comme un appel au secours. » précise Sophie Malibeaux.

« Qui a tué Chea Vichea ? » manie avec beaucoup d’adresse des images d’archives fortes et violentes, ainsi qu’un travail de reconstitution historique qui s’apparente à une véritable enquête policière qui tient en haleine le spectateur. Au-delà du cas individuel _ symbolique et poignant _ c’est le déni de justice dont est victime tout un peuple qui est mis en lumière. On est ressort profondément choqué et indigné, mais aussi fortement motivé par un désir de « faire changer les choses », dans ce cas et à chaque fois que les grandes puissances font passer la justice et la vérité après leurs propres intérêts économiques de court terme » commente Nicolas Vercklen.


Le Jury de la catégorie "Documentaires de Création" composé de Christian Barani, réalisateur, Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste et Stéphanie Chevrier, Directrice des éditions Don Quichotte, a choisi de récompenser :



Grand Prix du Jury Documentaires de Création


Grain de sable
«Grain de sable» nous montre comment un film documentaire peut jouer un rôle actif dans le présent d’un pays à l’histoire turbulente. Chacun des personnages dont les destins s’entrechoquent dans «Grain de sable» ont un lien avec le Guatemala de 1982, période à laquelle le pays en guerre a connu la campagne génocidaire de «terre brûlée» des militaires guatémaltèques. Devenus partie intégrante du processus visant à poursuivre pénalement les responsables des crimes commis, ils ont chacun amené leur petit grain de sable, leur «granito», à l’établissement de la vérité.

Réalisé par Pamela Yates
Justice Pénale Internationale / Guatemala / 2011 / 100 min

« Il a été d’emblée choisit à l’unanimité, grâce à la qualité du sujet et de sa réalisation, il montre clairement la pugnacité des acteurs a apporté chacun son grain de sable dans l’histoire d’un pays, le Guatemala. Il est rare de voir autant de qualités dans un film sur les droits de l’Homme qui habituellement nous anéantissent. Ce film fait émerger la réalité d’une politique d’extermination d’un génocide qui continue, nous permet de comprendre sans justification, mais prend position, il est clair sans manichéisme. Puis il devient le rêve de tout réalisateur, le film devient une arme contre ce quoi il dénonce. Il participe à la justice historique. Un travail exceptionnel. Un film est plus qu’un sujet, il est remarquable pour la démarche de sa réalisatrice qui ne surfe pas sur l’événement, elle n’a jamais lâché son sujet. C’est une personne qui croit au pouvoir de l’image et de la matière cinématographique. Le montage met en place la narration strate par strate. Ce type de film pose des questions de fond et de forme. » Le jury

 

Prix Spécial du Jury Documentaires de Création


La bonne samaritaine
Les Samaritains, cette toute petite communauté religieuse en constant danger d’extinction, ont de ce fait des règles très strictes sur l’assimilation. Après que Sophie Tzedaka et ses trois sœurs ont quitté l’une après l’autre la communauté, leur famille dut subir un terrible harcèlement - tant physique que moral - de la part des membres de la communauté.

Réalisé par Barak Heymann
Intolérance / Israël / 2009 / 50 min


« C’est un prix pour un film spécial, une façon spéciale de traiter le sujet « Israël » par le biais d’une ancienne secte. C’est une histoire forte d’appartenance à une communauté. Ce film est bien fait et beau. Nous avons aimé le lien évident et humain qui ressort entre le réalisateur et les protagonistes qu’il filme. » Le jury



Le jury étudiant composé de Lucile Ovinet, Samira Ouamane, Murat Sofien a choisi de récompenser :

 

Grand Prix du Jury Etudiant


Vous n’aimez pas la vérité, 4 jours à Guantanamo
La rencontre – jamais vue auparavant – d’une équipe d’interrogateurs canadiens avec un enfant détenu dans la prison de Guantánamo. Basé sur les sept heures d’enregistrement vidéo déclassifiées par les tribunaux canadiens, ce documentaire rend compte de l’intensité de l’interrogatoire, qui a duré quatre jours. S’appuyant sur le procédé d’un écran de surveillance, le film analyse les portées scientifiques, légales et politiques d’un dialogue forcé.

Réalisé par Luc Côté et Patricio Henriquez
Contreterrorisme / États-Unis / 2010 / 99 min


«  Le réalisateur a su nous faire entrer dans l’univers d’un enfant, condamné au mépris des Conventions internationales, et emprisonné à Guantanamo. Il nous plonge dans une position inconfortable, mal à l’aise, où l’on ressent toute l’émotion qui s’en dégage sans pouvoir s’en détacher : l’univers de Guantanamo défile sous yeux. Nous avons tenu à récompenser la performance d’un grand reportage réalisé comme un film. » Le jury


Prix Spécial du Jury Étudiant

Birmanie, ma prison

Zarganar, le plus grand comique vivant de Birmanie, purge une peine de prison de 35 ans, réduit au silence pour ses critiques ouvertes de la junte militaire. Michael Mittermeier, l’un des plus grands comiques d’Allemagne, voyage en secret en Birmanie avec le réalisateur Rex Bloomstein, afin de documenter la lutte courageuse de cet homme contre la répression.


Réalisé par Rex Bloomstein

Liberté d'expression / Birmanie / 2010 / 91 min

«  Nous décernons un prix spécial du jury à Rex Bloomstein pour son film « Birmanie ma prison » qui nous a particulièrement touché, pour la vitalité du personnage, son courage et son humour face à l’oppression. » Le Jury



Pour la première fois cette année, un tout nouveau jury a été mis en place, le jury parisien Lycéens et apprentis en collaboration avec les Cinémas Indépendants Parisiens, association de 31 salles indépendantes et parisiennes dont la vocation est de permettre au jeune public une approche de l'art cinématographique dans tout sa diversité.

Parmi les films présentés par le festival, les Cinémas Indépendants Parisiens ont sélectionné sept films et décidé de les confronter, au cours de 2 journées intensives, au regard de 5 lycéens et apprentis, tous participants au dispositif national Lycéens et apprentis au cinéma.

Le jury Lycéens et apprentis a choisi de récompenser :

Prix du Jury Lycéens et Apprentis


Un business florissant
L’exportation de fleurs est pour le Kenya une source de revenus majeure. Mais l’industrie de la fleur a son prix social et écologique. Chaque rose cultivée absorbe 1,5 litre d’eau par jour. Kennedy en souffre en voyant le produit de sa pêche décroître quotidiennement. Jane travaille nuit et jour dans l’une des nombreuses fermes dédiées à la culture des fleurs. Son supérieur l’oblige à coucher avec lui. «Un business florissant» nous fait découvrir le monde de Jane, Kennedy et Oscar.

Réalisé par Ton van Zantvoort
Responsabilité sociale des entreprises / Kenya / 2009 / 52 min


«  Un film s’est démarqué des autres car il a une forte sensibilité et ses personnages nous ont particulièrement touchés. La mise en scène souligne avec pudeur la force incroyable et la rage de vivre de ces personnages dont les conditions de vie au Kenya relèvent de la survie quotidienne et qui sont constamment sous l’emprise d’un système qui les dépasse. Les cadres et la lumière choisis créent une ambiance douce et contrastée. Le réalisateur a su établir une vraie confiance avec les personnes qu’il filme, chacun parlant en prenant son temps, sans aucune contrainte, et sans donner l’impression qu’il a un discours à tenir. » Le jury


Nous vous donnons rendez-vous en mars 2012 prochain pour une nouvelle édition du FIFDH de Paris